Trans50

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Après pas loin de 12h de route, nous sommes à la Colmiane. La ligne de départ n’est pas tracée mais c’est ici que tout va commencer. J’aurai droit à un peu plus de 5h pour rallier le pont du Cros. Je suis un peu en panique car, au repérage, j’ai mis 5h à rallier Utelle. Il faut mettre 10km en plus. Certes, ils sont plutôt descendants, j’ai un peu jardiné et je n’étais pas à fond. Mais le décor est planté : les 40 premiers kilomètres vont devoir être faits à fond. Au cours du briefing, pas mal de coureurs rechignent face à cette contrainte. Surtout ceux de l’Ultra qui doivent eux aussi passer le pont du Cros à 13h mais avec 6km de plus et seulement une demi-heure de rab. C’est clair, la première barrière horaire est un roc, un cap, que dis-je, une péninsule.

Il pleut toute la journée de samedi à la Colmiane. Nous la passons dans l’appartement. J’aurais aimé aller voir les ot de l’Ultra mais la pluie redoublante refoule mes hardeurs. Je me contente de faire quelques petits réglages en prenant bien garde à la régression.

En fin d’après-midi, la pluie s’est arrêtée et je sors pour aller chercher ma plaque. Dans le petit sac, il manque le dépliant et surtout le numéro de téléphone de l’organisateur en cas d’urgence. Le briefing doit être fait le lendemain matin, mais, alors que je me suis éloigné, le directeur de courses commence… le briefing. Bref, je reviens en courant m’abreuver des indications.

Le Boss nous donne les nouveautés par rapport aux années précédentes. Ça ne me parle pas des masses vu qu’il s’agit de ma première TransV. Mais lorsqu’il nous parle du col d’Aspremont et de son nouveau tracé avec un truc du style : « là, vous pourrez faire la différence techniquement », une sorte de rire parcours l’auditoire. Pour beaucoup, nous sommes de la Trans50 et franchement, ça ne sera pas là que l’on fera la différence :). Surtout que je l’ai repéré et c’est un truc de malade avec des marches sur des cailloux saillants comme des couteaux. Ça n’est pas ma taille comme on dit ;).

La nuit se passe plutôt bien et c’est relativement décontracté que j’arrive sur la ligne de départ. On me fixe bien fermement mon transpondeur sur la bretelle du sac d’hydratation. Je fais un mini-échauffement à base de mini-montées brèves. Je vérifie que je ne sais pas prendre les épingles, mais réussi à ne pas me vautrer devant tout le monde. Y en a un qui se positionne sur la ligne de départ en roulant sur la roue avant. Bref, c’est l’école du cirque :).

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Les Ultra s’élancent puis on nous appelle pour nous positionner sur les lignes en fonction de notre numéro de dossard. Ce dernier nous a été attribué en fonction de notre palmarès. Le mien est quasi-vierge et je suis assez surpris d’être positionné en milieu de peloton.

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Le départ est donné et je me débrouille pas trop mal dans les chicanes. Ensuite, je pars trop à gauche qui est moins roulant et me fais un peu dépasser. À l’assaut de la première montée, ça commence à caler et je suis obligé de mettre pied à terre. Ceux qui sont en mono-plateau ont bien du mal, la piste étant rendue plus difficile à cause de la pluie de la veille. Avec mon 22×36, je crabotte tel un bourriquet et ne me fais plus coincer.

Après les pistes de ski, ça redescend un peu dans un sous-bois bien racineux et un coureur se vautre devant. Il me bouchonne tout le long du single et je commence à m’inquiéter si la même chose se produit dans la descente du brec qui fait au moins une demi-heure… Une portion plus roulante se profile et je peux enfin doubler. Je me fais dépasser par deux flèches que je redouble dans le pétard qui suit en mode bourriquet :).

Au col de la Madeleine, je mets pied à terre et pousse le plus rapidement possible. Je suis à fond. Là, nous doublent les VAE assis sur leur selle, tranquilles. Un cale et nous double en courant d’un pas alerte. Devant moi, un coureur se retourne et me dit : « Tu as vu ? C’est Sauser. » J’ai rien vu du tout, je suis à l’agonie… Mais j’ai le temps de remarquer mon prédécesseur. Il a une masse musculaire impressionnante et, tel un prestidigitateur, cache plein de tubes de gels dans ses poches, son short, etc. Je vais l’appeler M. Muscle pour la suite du récit.

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Assez rapidement, on atteint un sommet depuis lequel on peut observer les neiges éternelles des massifs alpins et, au loin, la mer. Ça redescend un peu et je commence à doubler des gens de l’Ultra. Je me dis que je suis bien et me sens rassuré sur la barrière horaire. Puis, je me ravise et me dit que ça va être dur pour eux d’arriver à franchir le cap de la péninsule. À un moment, je vois même que ça dragouille dans le peloton : « ouha, faire la TransV en semi-rigide pour une fille… »

Alors que ça remonte de nouveau, on attaque un sous-bois avec des bonnes vieilles racines de grand-père. Je dépasse puis me fais dépasser. Me voilà rassuré sur la possibilité de dépasser sur cette course. Le premier ravito arrive au col d’Andrion. Un petit bunny hop pour sauter une flaque et me détendre un peu. Je me sens bien. Je décide de ne pas refaire le plein d’eau car j’ai peu bu à cause de mon essoufflement quasi-permanent. Il s’avère après-coup que j’aurai mieux fait de prendre quelques gorgées bien régulièrement entre deux respirations quitte à perdre un peu de temps. Je vais le payer assez cher par la suite.

Le chemin devient pas mal descendant avec de la bonne caillasse. On se fait bien secouer le prunier. Je double, me fait doubler. Les positions bougent pas mal mais je ne me sens pas complètement ridicule techniquement. Je refuse un saut que j’avais repéré pour préserver ma mécanique et moi-même. La montée du Brec arrive. À l’occasion d’un virage, la montagne se jette à notre figure. Je retrouve M. Muscle avec un tube de gel à la bouche. Je retire une couche et attaque le portage. Les premières crampes me mordillent. C’est bien tôt. J’essaie de m’hydrater entre deux respirations mais le mal est fait. La descente qui s’ensuit ne me laisse que peu d’occasion de boire et je suis obligé de m’arrêter pour calmer mes crampes.

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Crédit Photo : Art Reflex Photo
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Crédit Photo : Art Reflex Photo

Je me fais flasher à deux reprises :). Les épingles passent pas trop mal. Je vois pas mal de gamelles sans trop de bobos. En arrivant sur Utelle, l’organisation nous propose quelques murs de sa mère. Je rattrape le tandem qui me redouble dans le dernier pétard avant le ravito. Caro arrive à me prendre en photo car je m’arrête pour m’hydrater et calmer quelques crampes.

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Je décide de refaire le plein sans remettre de malto. J’aurais sans doutes dû. Je repars après 4h de ride. Je me suis mis 1h par rapport au repérage. C’est à peu près le temps qu’il me reste pour parcourir les 10km qui me séparent du pont de Cros. Ça n’est pas encore tendu du string pour moi mais ça sent le cramé pour les Ultra qui repartent. Derrière moi, j’entends : « la voiture de monsieur est avancée », montrant une magnifique ambulance rouge. Un coureur avec le bras en écharpe doit abandonner hélas.

Je m’engage avec un groupe dans lequel roule un magnifique SOBRE. On va se suivre un peu au début, puis je vais les décrocher petit à petit avant la chapelle St-Antoine. Les épingles deviennent plus dure et je n’ai plus de force dans les bras pour descendre les marches. Après avoir croisé plusieurs fois la route, à l’entrée d’un chemin, une personne s’approche vers mon transpondeur en disant à voix haute : « barrière horaire ». Un peu ébahi, je regarde l’heure : 12h40. On me laisse repartir. Une petite émotion me prend la poitrine. De l’autre côté du pont, j’aperçois Caro et le franchis le poing en l’air. J’ai vaincu la péninsule.

Un petit bisou et ça repart. Je pense que le plus dur est fait, mais en fait non. La montée vers les hauts de Levens est interminable et il fait chaud. En marchant, je ne pense pas forcément à m’hydrater. Je croise un concurrent. Je lui mentionne le fait qu’il est à l’envers. Il me répond que c’est sa volonté. Probablement un abandon ? Après avoir passé le club de moto trial, j’essaie de remettre le cul sur la selle, mais je me fais éjecter dans les broussailles en franchissant une marche. Un concurrent pousse mon vélo et je parcours les quelques mètres qui me séparent de lui pour le renfourcher. À la deuxième gamelle, je décide de m’arrêter pour pisser, m’alimenter et m’hydrater. Je suis exténué. Je dois me ressaisir.

J’attaque la descente vers le ravito dans une espèce d’inconscience. Jusqu’à ce qu’une partie de mon cerveau me dise : « hého, là, ça bastonne un peu. Mollo ». Je fais donc quelques passages à pieds en mode mort-vivant. Sur un tronçon de route, un gamin me rattrape avec un vélo trop grand pour lui. Il a une plaque. Bizarre de laisser son vélo à son fils pendant une course.

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Dans un pseudo-délire, je demande si la prochaine barrière horaire est bien à 15h ? Style 15mn après et il y a encore un col à monter. Caro me rassure : j’ai jusqu’à 17h pour passer le col d’Aspremont. Désormais, mon pire ennemi n’est plus une barrière horaire mais moi-même. M. Muscle est là. Il n’a pas l’air d’être en meilleur état.

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Je suis assez souvent à pieds et j’attaque le col d’Aspremont avec une certaine fébrilité. Je me demande comment je vais arriver à passer ça ? Finalement, je ne passe pas tout à pieds. Je me fais même shooter par un photographe sur une descente de marche puis je croise la sécurité civile. Pis, derrière un buisson, je pointe et on me laisse à nouveau repartir. Au ravito, on me dira que je viens de franchir la deuxième barrière horaire. À nouveau, petite émotion mais cette course devient interminable. L’arrivée ne peut plus m’échapper mais mes erreurs peuvent encore tout compromettre.

J’attaque donc le dernier tronçon avec calme et sagesse. Surtout que la caillasse est dure et l’orga nous a réservé une petite surprise pour la fin. Dès que j’ai un doute sur un passage, je déchausse. L’arrivée ne doit plus m’échapper. Sur un passage compliqué, je me couche. Un concurrent me tombe dessus comme une merde. Il me dit : « Je suis désolé, je me suis couché sur toi comme une merde ». Depuis le ravito, un concurrent me suit mais je le lâche sur les faux-plats du Mont Chauve. Au détour d’un chemin, on nous signale une chute devant. J’apprendrai plus tard que le concurrent s’est cassé le coude et a dû abandonner. Bref, la course n’est pas finie.

La descente du mont Chauve se fait en mode lopette. Pis, la surprise du chef aussi. Je commence à en avoir bien marre. Le groupe du SOBRE me rattrape et me double à cette occasion. Un peu plus loin, je rattrape M. Muscle en grande difficulté. Le SOBRE s’est arrêté pour savoir s’il allait bien. Ça a l’air OK. On repart pour les derniers bouts. Je me fais déposer mais l’arrivée est à moi.

Je passe sous le boudin après 9h20 de course. Je trouve une place à l’ombre en attendant Caro. M. Muscle s’assied au pied d’un arbre. Je ne suis pas en super forme, mais il a l’air de l’être encore moins que moi. Des coureurs circulent avec des pansements aux genoux, des bras en écharpe, etc.. On a un petit peu l’impression d’être dans un centre de convalescence pour VTTiste. J’engloutis le repas de l’arrivée et tout ce qui est comestible à proximité. Un coureur de Castellane s’assied en face. Pour lui, c’était sa première Ultra et il est arrivé quelques minutes après moi. Il a une cinquantaine d’années. De quoi nourrir des rêves pendant quelque temps encore…

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Photos : Caroline Constant, Art Reflex Photo et Marc Chaland

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