Raid des Terres Noires

C’est Didier qui m’en a parlé en premier. Avec lui, j’ai visionné des vidéos et c’est vrai que ce type de terrain atypique m’a fait de l’œil. L’année dernière, à l’occasion de vacances en famille, nous avions fait un tour dans le coin. Avec Caro, nous sommes tombés sur les crêtes entre Archail et le Villard. Un truc de fou. N’étant pas spécialement sujet au vertige, je dois dire que ça m’a beaucoup impressionné. Ce raid n’a lieu qu’un an sur deux. Les chiffres parlent d’eux-même : 80km pour 3800m de dénivelé positif. Ca taille grand pour moi, voire très grand. Au moment des inscriptions, je me demande si ça n’est pas un peu irraisonnable de débouler sur les crêtes avec un QI réduit par les efforts précédents. Je n’hésite pas très longtemps : si je ne le finis pas, tant pis. Je fais du mieux que je peux et je suis déjà préparé à me faire sortir avant la fin.

Pour autant, je n’ai pas bâclé ma préparation. Je dois même avouer que j’ai pris un certain plaisir à faire le raid bout par bout, en prenant le temps de travailler les points techniques qui me font défaut : notamment les épingles et les passages engagés et/ou aériens. Pour cela, je me suis aidé d’un VTT électrique pour rejoindre plus facilement les spots et tracer sur les endroits moins intéressants sans m’épuiser. Pour le physique, je ne me suis pas vraiment arrêté pendant la pause hivernale et j’ai profité d’un voyage aux Canaries grâce à Cléo & Sam (whatnextadventures.com) pour emmagasiner du dénivelé positif.

 

Le départ est un peu particulier. Il est neutralisé par une voiture et lorsque la voiture s’efface, les coureurs peuvent y aller. Alors que nous sommes en grille, le départ est donné aux VTT à assistance Electrique. Puis la voiture revient et c’est notre tour. Je suis un peu le flot et la voiture est en plein milieu de la route. Visiblement, elle a calé… Bref, la course continue.

Raid des Terres Noires
Raid des Terres Noires
Raid des Terres Noires

Je m’étais imposé de ne pas taper dans le rouge sur la première montée. Mais dès les premières difficultés, tout le monde est à pieds poussant ou portant son vélo. On a même du mal à ne pas glisser dans la boue. Je prend des coups de pneus dans les jambes et la dans la tête. On se croirait dans le métro à une heure d’affluence.

On rattrape une route forestière et je me fais un peu doubler. La descente arrive et je me fais bien bouchonner. Je ronge mon frein. A l’occasion d’une épingle, je double deux concurrents. Ca roule pas des masses, mais au final, je ne perds que deux minutes. La montée suivante est assez roulante au début et on a droit à notre première portion de terre noire. Puis ça se gâte et il faut à nouveau pousser. J’ai même un peu porté en prenant le moins de place possible. Parfois, j’aurai pu doubler, mais pour ne pas taper dans le rouge, je m’abstiens.

Puis la pente se calme et on peut repasser sur le vélo. Quelques passages qui passent sur le sec sont délicats et je préfère les prendre à pieds. Quelques marches à monter, je reste sur le vélo et place mes premiers dépassements. Caro est là pour le premier spot photo.

Raid des Terres Noires

 

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Premier ravito aux Dourbes. Je suis en retard de 4 minutes sur la barrière horaire. Mais on me laisse continuer. Les barrières ont été reculées visiblement. Je fais le plein d’eau car le ravito suivant est beaucoup plus loin. La montée continue sur le vélo. Je découvre la position 120mm sur la fourche du bronson. Ca me relaxe bien les épaules. Faut juste que je pense à la remettre en 150mm pour la descente. La pente se raidit : poussage puis portage en arrivant au Pas de la Faye. Je double un couple de marcheurs qui ont un peu le vertige.

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En arrivant au Pas, je suis comme un peu engourdi. J’essaie de pédaler un peu pour tout dégourdir. Dans ma mémoire, le début de la descente est un peu compliqué. Mais là, rien de bien difficile. De temps en temps je saute pour éviter de taper les cailloux car je ne suis pas gonflé très fort pour la boue. Je rattrape quelques concurrents. Je rate une épingle car en fait mon cardio est assez élevé et je commence à fatiguer.

En bas, j’enlève des couches et rentre les jambières dans les guêtres car c’est complètement sec de ce côté et le soleil cogne. De nouveau, les jambes sont engourdies et c’est avec un certain dégout que je repasse en mode montée. En passant devant la citerne, comme j’ai fait le plein aux Dourbes et que mon sac me semble lourd, je décide de ne pas faire le niveau. Cette montée est absolument inintéressante au même titre que la descente. J’ai clairement l’impression que les orgas les ont mises juste pour grossir les chiffres. A mi-montée, je tombe en panne d’eau. Arg, pourtant mon sac est encore lourd. Et je réalise qu’il s’agit du pull que j’ai enlevé en bas…

Recos_VTT_Pas_d'Archail_25082016-DSC07621_©_Caroline_Constant_2016
Reco été 2016

Même en mode éco, je double quelques concurrents. Au pas d’Archail, je me fais poinçonner la plaque et on me demande de marcher sur une dizaine de mètres. Je ne comprends pas vraiment pourquoi. La vue est impressionnante mais sans plus. J’arrive à passer la plupart des épingles. Je rattrape deux concurrents. Je demande à ce qu’on me laisse passer. Le premier obtempère mais pas le second. Il est assez fatiguant car il gigote beaucoup et il n’avance pas. Je le passerai plus tard dans une épingle montante.

Au second ravito, j’ai 10 minutes d’avance sur la barrière horaire. Je fais le plein d’eau et de malto et repars rapidement. Les premières crêtes approchent. Une ou deux petites descentes engagées, un beau dévers histoire de calmer les ardeurs et nous y voilà. Le décor fait son intéressant devant et, à chaque fois, la sensation et l’émotion sont les mêmes. Un peu comme en lisant un livre, le chemin nous emmène vers un endroit où la partie reptilienne de notre cerveau ne veut pas aller. Les arbres se font rares et la terre devient noire. On se dit que ça va le faire, on ne va pas se laisser impressionner par ce paysage à la fois sublime et effrayant. Mais comme un enfant qui aime se faire peur, on y va. Et puis la dernière touffe d’herbe passe. Plus possible de se cacher, nous sommes offert tout nu à cette nature bien plus grande que nous. Alors, on baisse la selle histoire d’être un peu moins haut au dessus du vide, dernière négociation avant l’acceptation. Va falloir mettre le nez dedans.

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Reco été 2016

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La partie aérienne se compose de 4 vallons (enchaînement descente, montée) séparés par 3 strapontins : endroit plus ou moins plat sur lequel on peut reprendre ses esprits. Le premier vallon est assez étroit avec un bon coup de cul à donner sur la fin. Le strapontin est tout petit et un bénévole est là pour rattraper ceux qui partent en marche arrière. Pas eu besoin et je commence sur le second bien large avec de grands dégagements sur la gauche. Le coup de cul est plus facile et le strapontin bien plus large. En levant la tête, j’ai le nez dans l’objectif d’un photographe. Je souris. Je laisse passer un concurrent qui n’arrête pas de me dire ce que je dois faire. Surtout que pour sortir du vallon suivant, pour moi, la stratégie est de prendre assez d’élan. D’autant plus qu’il y a une partie en dévers au milieu et plus on va vite, moins on a de chance de partir dedans. Caro est sur le dernier strapontin.

Raid des Terres Noires 2017 : Reportage photo de MarcMan

C’est parti. Je lâche tout (ou presque, tout est relatif comme dirait l’autre moustachu) et vois le haut du strapontin. Mais mon prédécesseur (que j’ai laissé passer) est scotché et je suis obligé de freiner. Caramba, ça sera pour une autre fois.

Raid des Terres Noires

Raid des Terres Noires

Raid des Terres Noires 2017 : Reportage photo de MarcMan

Comme un débutant, les skis en chasse neige en haut d’une pente raide, je verrouille mon train avant avec mon poids et mes deux index. C’est très raide et, en bas du creux, la piste n’est pas large et en dévers. Je lâche un peu de lest, l’avant glissouille un peu mais j’ai encore le contrôle. Et pis tel un pilote de chasse, j’ajuste une dernière fois la trajo en alignant la piste dans mon viseur avant de tout lâcher et me réfugier dans la végétation. A croire que nous avons gardé une partie du singe. En tous cas, j’ai encore les poils.

Raid des Terres Noires 2017 : Reportage photo de MarcMan

Raid des Terres Noires 2017 : Reportage photo de MarcMan

Raid des Terres Noires 2017 : Reportage photo de MarcMan

Un bout de piste forestière, puis on s’engage dans un chem^H^H^H^Hruisseau. Après avoir fait le singe, maintenant, on fait le saumon. Certains, pas encore résignés essaient de rouler sur les bords du chemin. Je reste au fond en pataugeant à pied. Je laisse un peu moins de jus et je repars vers la suite. Deux bénévoles nous font bifurquer sur la droite. Je suis un peu dérouté car on revient sur nos pas et me demande si on va faire ce qu’ils appellent les toboggans. Mais au bout de quelques centaines de mètres, on prend sur la gauche un single fort charmant qui nous les font rejoindre.

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Je vois les concurrents s’agglutiner au bord de descentes très engagées. Ils cherchent désespérément un endroit où c’est un peu moins raide. Mais en fait, tout droit, ça le fait bien. Je rattrape pas mal de monde en prenant garde de jeter l’arrière du VTT en l’air pour éviter de poser le pédalier. Un concurrent résiste. Mais sur un toboggan qu’il prend à pieds, je fini par le passer. Dans une ravine, je plante un peu la roue avant. Pas de chute, mais une belle figure. Un bénévole nous dit qu’on est dans les temps mais qu’il ne faut rien lâcher. A une intersection, j’entends « heeeeeeep » derrière moi. J’ai pris la mauvaise direction. Demi-tour pour un pétard à pieds. Lorsque je remet le cul sur la selle, c’est pour le garder jusqu’à la route. On nous encourage et j’ai réussi à décoller mes poursuivants.

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Archail, très coquet, a caché le balisage dans notre dos. Je rallie Draix par une piste sans grand intérêt.

J’ai 30 minutes de retard sur la porte horaire. Mais au ravito, on me dit qu’elles ont été reculées d’une heure. Ce qui fait que j’ai 30 minutes d’avance et me laisse un peu de mou pour passer la suivante. Assis sur une marche, un concurrent parle d’abandonner. On quitte assez rapidement la route, puis le chemin forestier pour un single bien pentu et rocailleux après avoir franchi une marchounette. Fier, je dépasse 2 ou 3 concurrents. Après un certain temps dans le rouge, je décide de passer à pieds. Il y a de la boue et les cailloux sont glissants. Les crêtes suivantes approchent.

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Là, pas de préliminaire : on quitte la route forestière et le décors se jette à notre figure. Le marshal nous demande de faire une trentaine de mètres à pieds. Je ne comprends pas vraiment. La piste est étroite et il faut porter le vélo à la limite de l’équilibre, alors que sur le vélo, ça passe plus facilement. Maibon, le règlement est le règlement… La portion est moins descendante et il faut mettre des jambes. Du coup, on est moins impressionné. Sur un strapontin, je vois des cordes et des trucs d’alpiniste. Ils sont prêts à venir nous chercher au cas où 😉. A un moment, on prend à gauche. Une nouvelle portion. Plus aérienne avec à nouveau un passage étroit au dessus du vide. On finit par franchir à plusieurs reprises un petit ruisseau.

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Sur la route forestière, je décèle les signes d’une aura. Depuis que je suis jeune, ces auras sont un signe précurseur de migraine. Mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi une migraine ? Alors que je ne vois plus grand chose, on attaque un single à flanc de colline fort sympa. Puis, éclair, je me dis que je suis peut-être en train de prendre un coup de chaud. C’est vrai que je n’ai pas bu sur les crêtes. Je me mets donc à boire une gorgée toute les 30 secondes environ. Et d’un coup, je me mets à avoir chaud, à suer. L’aura s’estompe et je peux repartir en continuant à boire régulièrement.

Je trouve la dernière descente avant le ravito 4 bien engagée, bien plus qu’en repérage avec le moterra. C’est en repartant du ravito que je m’apercevrai que la fourche était en 120mm… Bref, un guet permet de laver le vélo. Mais tout de suite re-sali par la boue en bord de ruisseau. Arrivé à la route, on m’annonce que la course est terminée. 8h, 60km, 3000m de dénivelé positif, j’aurai tant aimé arriver au cinquième ravito au moins. Je n’ai pas à rougir car il s’agit de ma plus grosse performance mais je suis très déçu. Je textote Caro pour lui dire de laisser tomber le dernier spot photo. Retour sur Digne par la route. La déception est grosse mais cette course m’a permis de progresser physiquement et techniquement. Je maîtrise mieux mon équilibre sur le vélo, je prends mieux les épingles, je contrôle mon vertige. Je me suis surpassé sans médaille à la fin, comme beaucoup de concurrents qui sont dans le même cas que moi. Je suis quand même classé 239 sur 450 partants. Pas si mal 😀.

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Reco été 2016

Photos : Caroline Constant et Marc Chaland

6 réflexions sur “Raid des Terres Noires

  1. Encore un bel article, ca donne envie d’aller voir le coin ! 🙂
    Félicitations et à dans 2 ans pour la revanche ? 😉

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