Raid Vauban

Cette course est un peu particulière : Caroline a décidé de faire la randonnée 40km. Donc pas de photos pour ce compte-rendu. Elles proviennent essentiellement des repérages que nous avons effectués la semaine précédente. Du coup, elle a fait pas mal de descentes du Raid Vauban 70km avec un total de 4000m de dénivelé positif dans la semaine, l’air de rien, même pas fatiguée 😉. Sur le papier, ce raid est légèrement plus difficile que la Trans50 effectuée l’année dernière. Il s’agit pour moi d’un excellent moyen d’évaluer ma progression et j’ai l’espoir de me re-narcissiser après la mise hors-course du Raid des Terres Noires. Je me sens bien physiquement. On n’a pas tapé dedans pendant les repérages, juste de quoi garder la forme. En revanche, le pédalier du bronson n’est pas au mieux : la manivelle droite a pris du jeu. Pas le temps de lancer une prise en garantie, je choisi de le garder en espérant pouvoir finir la course sans me faire mal à cause de la dissymétrie.

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Dans le carré VIP, je vois pas mal de têtes connues. Je reconnais notamment celle de Nadine Sapin multiple vainqueur de la TransV. Elle est en vélo sec car les VAE sont interdits sur l’épreuve. Je discute un peu avec l’heureux possesseur d’un Salamandre. Je suis pas mal l’évolution de Pascal avec qui il a déjà roulé. J’adore ce qu’il fait et j’avoue que les singles qu’il ride me font rêver. Je voudrais pouvoir un jour passer aussi bien que lui.

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Le départ est donné et, comme un cheval en débourrage, je refuse la piste et me fait tous les talus d’herbes sur les côtés. J’entends un « allez Marc ». Mince, je suis connu ? Ah mais non, c’est Caro qui a pris quelques minutes pour prendre des photos du départ 😀. Le sien est à 9h sur le lieu de notre arrivée : Mont-Dauphin. Au bout d’un certain temps, je finis par prendre ma place dans le trafic. Le peloton s’étire. Je repère certains maillots, notamment ceux du VCMD, le Vélo Club de la Moyenne Durance. On dirait qu’ils roulent à deux : un homme et une femme. Je me sers d’eux comme repère. Je les double, ils me redoublent, etc. Je suis un peu haut dans les tours mais j’entends les moteurs des pisteurs. J’ai peur de me retrouver en fin de peloton. Je monte à plus de 10km/h, ce qui est assez élevé pour moi. En haut, des bénévoles installent le premier ravito. Personne ne s’arrête. C’est vrai, on va repasser. Ce sera pour le prochain tour.

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La descente s’amorce et je rattrape un concurrent qui, tel un poulpe, s’évapore dans un nuage de fumée. Je rattrape la fille du VCMD qui hésite à prendre une belle flaque d’eau. Ça déclipse devant pour deux petites marchounes que je passe sur le vélo. Nous sommes sur les crêtes de Martinat avec vue sur Mont-Dauphin. Pas vraiment le temps de se rincer l’œil. Je prends une roue dont les choix de trajos me semblent safe et à bon rythme. C’est un peu engagé mais ça roule bien. Pas de bouchon, tout va bien.

Retour vers Risoul puis bifurcation sur un single pas très raide mais avec de la racine et des changements de rythme. Tous ceux devant moi n’ont pas bifurqué malgré les rubalises et pancartes inratables. Mes jambes tournent bien et on récupère la montée vers le ravito. Je roule moins vite, un peu au dessus de 8km/h. Une allure plus normale pour moi. J’ai l’impression d’être dans le dernier tiers du peloton, voir même plus loin. Pas très encourageant 😞. Je choisis de m’arrêter pour retirer ma veste et remettre un peu d’eau dans la poche. La fille du VCMD me passe. Elle a choisi de zapper le ravitaillement.

Un gros pétard se profile. J’en vois sur le vélo suivant une trace en épingles, d’autres en mode portage tout droit. Devant moi, le portage est choisi. Perso, je choisis de rester assis tant que je ne tape pas dans le rouge. La trace en épingles ne semble pas évidente car j’en vois en difficulté. Finalement, ce choix n’est pas trop mal car j’arrive devant mon ancien prédécesseur, pas vraiment essoufflé. Un petit bourbier gentil plus tard, on passe une arrivée de télésiège. C’est parti pour une piste noire du domaine de Vars. Les tiges de selle rétrécissent. Les sourires apparaissent sur les visages. Pas très longtemps : un petit panneau avec flèche vers le vide indique la trace à suivre 😀.

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Passage engagé et un peu impressionnant dans les petits et moyens cailloux. Mais c’est bon. Deux concurrents me laissent passer. Le terrain devient plus végétal, puis dans un excès d’optimisme je constate que je suis trop vite pour rester sur la trace. Je ramène du poids vers l’avant pour freiner. Je vous décris la photo : les épaules au dessus du cintre, la roue arrière décollée côté extérieur, la papatte sortie côté intérieur. Techniquement, je ne suis pas tombé. Je n’ai même pas beaucoup quitté la trace. On s’attache à des détails parfois… Je suis comme un gamin devant une fontaine à chocolat. Je me suis bâfré et j’en ai partout 🍰.

Risoul_IMG_1039_©_Marc_ChalandRisoul_IMG_1043_©_Marc_ChalandRisoul_IMG_1045_©_Marc_ChalandLe balcon de Vars est un faux plat montant sur un tapis d’aiguilles de pins. Mais je sais ce qui nous attend après. Je choisis donc un rythme assez moyen histoire de tenter de rester le cul sur la selle. Car le single devient très cabossé et se raidit.

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Je réussis mon challenge. Je suis chaud patate 😀. Ça tombe bien car une arrivée de télésiège signale une descente type bike park. De grands virages bien relevés au début avec quelques petits sauts. Puis un panneau « attention » me permet de doubler un concurrent. Un autre bouchonne mais je lui fais une « Rossi » : je coupe sa trajo pour l’obliger à me laisser passer. C’est une orgie de chocolat. Je prends tous les sauts et ne me fais pas avoir sur le fléchage comme au repérage 😀.

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Le dérailleur killer
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Le dérailleur killer : comment l’éviter en roulant dessus

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Nous sommes en bas du télésiège et il faut relever la selle. Mes jambes poussent bien ça va. Mais il reste encore un gros effort à fournir. Le sol commence à devenir bien mou et je demande la place à un concurrent qui pousse. Il ne réagit pas : mon premier pied-à-terre. Je lui jette un regard et là je prend l’écho de ma demande de place. Il y a plus rien à l’intérieur. Il est vide. Derrière moi, on lui demande place pour un résultat identique. De toutes façons, je pense que je n’aurais pas été beaucoup plus loin car le terrain est difficile et la pente raide. Je passe le premier tapis dans un grand biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip 😀. J’ai une heure d’avance sur la barrière horaire. Le bébé se présente bien. Au ravitaillement, la poche est presque vide. Je repars avec 2L.

Et là, j’ai un coup de barre. Ça descend un peu mais je me sens bof. Pas vraiment envie de rentrer dedans. Dans un geste inconsidéré, j’affiche l’altimètre. AAAAAAAAAAAAAAAhhhhhhhhhh on a fait que 1600m. Il en reste 1100 😞. Mais comment je vais faire ? J’ai le moral dans les chaussettes. La pente devient bien raide. Je passe en position 120mm sur la fourche et bloque la suspension pour ne pas pomper. Je suis à un peu plus de 5km/h : le minimum possible. Un concurrent avec un maillot Hope me dépasse. Je me mets à parler à mes moyeux (Hope Pro Evo 2) : « Allez les petits, vous avez pas envie de suivre papa ? »… Puis ça déclipse devant. Raaah, enfin, je vais pouvoir pousser 😀. Bon, on prend 400m d’un coup et ça, ça fait du bien au moral 😀. Au col de la Coulette, le paysage est très minéral. Y a du petit caillou, du moyen caillou et du gros caillou : le paradis 😀. La piste commence par un dévers. La trace est tellement étroite qu’on ne peut pas faire un tour complet de pédale au risque de finir 5m plus bas comme le concurrent devant moi. Il crampe et a du mal à revenir sur la piste. J’apprendrai plus tard qu’un concurrent a été évacué suite à une chute à cet endroit.

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Crédit : Manu Molle
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Crédit : Manu Molle

Puis ça s’accélère. Un panneau « Attention, danger », une ombre furtive dans les rochers. Ça sent le chasseur d’images de gamelle 😀. Mais non, je maîtrise et c’est parti pour un tour de manège qui secoue la pulpe du fond 😀. Mais la préparation de l’amortisseur a transformé le Bronson en tapis volant. Les trajos ne sont pas compliquées : dès qu’un caillou peut potentiellement menacer mon dérailleur, faut lui rouler dessus. Alors des fois, le caillou est gros et il faut sauter 😀. La pente se radoucit et un gremlins commence à me mordiller les cuisses. J’essaie de tourner un peu dans le vide pour évacuer les crampes mais rien n’y fait. Je suis obligé de m’arrêter quelques secondes avant de pouvoir repartir doucemanette.

Je souhaite bon appétit à un bénévole et il me dit : « Ravito dans 3km… 400m plus bas ». Je vois à son regard malicieux que ça va être du chocolat partout… encore 😀. Ça engage un peu et je tombe nez à nez avec un goulet, des épingles et des marches dedans : une poule face à un couteau. Je ne sais pas comment prendre ça. Avec mes crampes encore récentes, je ne me sens pas d’improviser. Je prends le vélo sous le bras et parcours les quelques mètres. Après, je suis chez mémé et c’est la fête du slip. Les épingles passent toutes seules. J’arrive à anticiper un passage technique à l’avance. Je suis comme un fakir sur un tapis volant. L’extase. Je rattrape Philippe, un Renard du Manet, qui pompe comme un Shadok. On se retrouve au ravito. Il a crevé et la réparation ne se fait pas toute seule. Il a monté une chambre à air et la jante est probablement touchée.

La partie « au frais » s’achève. Je décide donc de remplir au max ma poche pour le dernier coup de rein. Le pin laisse sa place au chêne vert. Un petit coup de cul à donner encore. Je suis suivi. J’entame la descente en pensant que je vais me faire rattraper. Il n’en est rien. Je suis tout seul. Le flow est bon. On me signale à deux reprises des difficultés. La deuxième fois, on me conseille de prendre à gauche. Il y a de la marchounette. Du coup, je me demande si il ne m’avait pas dit d’éviter à gauche ? Bref, ça passe bien. Second tapis, biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip. « C’est bon ? » On me répond « oui ». 1h15 d’avance, je suis tranquille 😀. Bon après, je pousse. La fille que j’ai doublée dans la descente me targuette mais j’arrive à la tenir à distance en repassant dès que possible en selle. Puis je recrampe en arrivant sur une large piste forestière. Ma concurrente me redouble à cette occasion. J’essaie de prendre sa roue. Mais c’est dur. Le soleil tape sur la roche et nous sommes en plein milieu comme du fer qu’on forge entre un marteau et une enclume. Philippe passe comme une balle. J’essaie d’accrocher des roues mais je n’arrive pas à les suivre. Je n’ai pas mal mais mon moral ne pousse plus. Ma concurrente me décroche à plusieurs reprises mais j’arrive à remonter en mettant mon nez dans la potence.

Au Rocher de l’Aigle, on quitte la piste forestière. La pente s’inverse et il ne reste plus qu’une centaine de mètres à monter. C’est bon ça 😀. Ma concurrente m’a un peu décroché mais je refais mon retard en quelques secondes. Première épingle, elle me laisse passer. La trace n’est pas super-technique mais rapide. Je rends un peu la main et laisse passer deux concurrents. Plus bas, je les vois sur un passage, les vélos à la main. Il s’agit de deux planches posées sur un canal. Ayant fait le Raid des Terres Noires, ce passage étroit de quelques mètres me fait bien sourire 😀. J’enquille avec le petit passage engagé derrière 😀. Kiki tout dur. Puis on finit les restes. Je rate un saut et tape un peu l’arrière. Le Bronson encaisse mais la fatigue est là.

Le dernier pétard arrive. Je pédale tant que ça pédale devant, puis je mets le pied-à-terre dès que ça met le pied-à-terre devant. Un petit tour du fort et c’est l’arrivée au bout de 7h de vélo. Le premier l’a bouclé en 4h, le dernier en 9h. Mais en comparaison avec la Trans50, j’ai mis 2h de moins. Je fini 180 sur 320 partants, une quarantaine d’abandons/éliminations. Je file mettre ma tête sous l’eau.

Risoul_IMG_1081_©_Marc_ChalandCaro arrive un peu plus tard. Elle est contente pour son premier 2000m de dénivelé et a pris du plaisir 😀. Excellente journée pour tous les deux 😀.

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Photos : Caroline Constant, Manu Molle et Marc Chaland

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