départ du Galibier

Ultra Raid de la Meije

On est jeudi après-midi. Le coffre de la voiture est plein. Je suis au boulot. Je viens de raccrocher le téléphone. L’organisation du raid invalide mon inscription. Elle n’a pas apprécié que Caro prenne en photo d’autres participants en 2015. Il nous faut arriver au retrait des plaques avec une attestation sur l’honneur que Caroline ne prendra pas en photo d’autres concurrents que moi.

Les compétitions sportives sont une exception dans le droit de la photo. Les organisateurs ont le contrôle total sur l’exploitation commerciale des photos. Ils sont donc dans leur droit d’exiger que Caro retire les photos concernant les participants. En revanche, la manière de s’y prendre est très cavalière. Je suis prêt à annuler ma participation malgré les plusieurs mois d’entraînement.

J’appelle Caro pour avoir son avis. On y va en mode low-profile ? Ou on n’y va pas ? Il est encore temps de faire marche arrière. Finalement nous décidons la première solution et nous nous soumettons donc au chantage de l’organisateur. Nous supprimons tout ce qui réfère  au raid de la Meije sur internet. Caro a tiré un livre de mes Compte-Rendus. Je peux les consulter à la maison et ça épate un peu nos invités à chaque fois 😉.

Au retrait des plaques, l’organisateur est très apaisé et me laisse prendre le départ sans qu’on ait à signer quoi que ce soit. Il nous fait confiance. J’ai décidé de ne courir que le samedi. Ça ne m’intéresse pas de rouler en pensant qu’il faut garder de la réserve pour le lendemain. Je souhaite donner tout ce que je peux au maximum. J’ai l’ambition de faire le 100km pour m’élever enfin bien au dessus des 3000m de dénivelé positif. Les barrières horaires sont difficiles et j’ai mon petit tableau avec des repères pour savoir si je suis en retard ou en avance par rapport aux trois objectifs : 70, 100 ou 115km.

plaque

Dans ce contexte de stress, je n’ai pas très bien dormi les deux nuits précédant le départ. La seconde nuit, le stress du départ a pris le dessus sur celui de mon non-départ. Elle est moins agitée, mais cela ne suffit pas à compenser la première. Lorsque le réveil sonne à 4h30, je suis assez sceptique sur mes chances de réussir à boucler même la plus faible des trois distances.

départ de nuit

Le départ se passe bien. Je m’insère dans le flot facilement. A l’occasion d’une traversée de route, je lève le nez et constate le chenillard de feux rouge devant. Je tourne la tête et vois le chenillard blanc derrière moi. Avec les sommets qui commencent à s’éclairer, cela donne une ambiance spéciale, presque surréaliste. Je passe le pont au dessus du marécage sur le vélo, mon prédécesseur est à pied. Je ne suis pas à 5mn près, je travaille mon équilibre 😉.

Après le Lautaret, ça redescend assez fort. Je regrette de ne pas avoir pris ma lampe de guidon. Je n’ai que ma lampe de casque qui n’éclaire pas très loin. Je dépasse pas mal de monde sur des trajectoires un peu innovantes. Je calme un peu le jeu pour attaquer l’ascension du Galibier. On commence à y voir mieux. Je double un tandem qui me redouble un peu plus tard. J’essaie de m’accrocher. Mais ils s’arrêtent, probablement un problème technique. Je ne les reverrai plus.

Un peu plus tard, des plaques de verglas commencent à apparaître. Je constate que devant, ça patine alors que ce n’est pas mon cas. Dans un premier temps, j’ai associé ce phénomène au fait que je suis en tout suspendu. Mais après réflexion, je me demande si ça n’est pas lié aux 2 dernières semaines passées en pédales plates pour travailler la motricité en pédalant bien rond ?

Vers la fin de la montée, mon cardio prend presque une dixaine de pulsations sans changer mon effort : déjà un premier signe de fatigue. Je commence à me poser la question : mais qu’est-ce que je fais ici ? L’organisateur me dit de faire attention là-haut car c’est verglacé.

chaufferettes

Déjà le portage du Galibier est périlleux. Devant moi, un concurrent chute. Je m’adapte pour monter en douceur. En haut, j’ai 45 minutes d’avance sur ma feuille de route pour le 110km. Mais je ne me sens pas super bien. Après avoir pris une boisson chaude au ravitaillement, je change de gants et me protège le visage pour la descente. J’en profite pour mettre des chaufferettes chimiques aux pieds.

boisson chaude

départ du Galibier

vers les randonneurs

La terre est très dure. Sur une partie engagée, un concurrent me dépasse comme une balle. Puis je vois ses roues au-dessus de lui. Je reste en mode lopette. En arrivant au niveau du restaurant, je vois des randonneurs se lancer. J’ai une petite pensée : il y a deux ans, je partais d’ici.

Je teste un peu les freins avant d’attaquer un passage légèrement engagé. ⛸ Mes yeux cherchent une surface pas verglacée et je me retrouve 5m plus bas sur la route sans l’avoir vraiment choisi. Plus loin, un bouchon se créé. Un concurrent demande à un bénévole si quelqu’un est passé sur le vélo à cet endroit. La réponse est oui : le premier qui est passé vers 7h25. Il est 8h45… Il s’agit probablement de Yoann Sert.

Un deuxième bouchon un peu plus loin et j’arrive à m’extraire du traffic. Je réussis des passages un peu technique et le sol redevient mou. Ça remonte. Je fais quelques passages en poussant d’un bon pas. Je double du monde. À plan Lachat, je suis en retard sur le 110km. J’ai un peu contre-performé sur la descente. La montée du Galibier a bien tapé dans l’organisme et je manque clairement de technique. Je n’ai pas trouvé le moyen de by-passer les bouchons pour garder le tempo.

lac des Cerces

On sort de la montée interminable avant le camp des Rochilles. Le Col des Cerces n’est pas au programme cette année. Un peu déçu car on n’a pas droit à la vue plongeante sur le lac. Devant un bénévole, je manque de basculer dans le vide. Je me sers de mon équilibre pour rester sur mes roues et me sortir de ce mauvais pas. Mon cardio s’emballe à plusieurs reprises. Je ne suis pas dans la plus grande des formes.

J’arrive à voir certaines lignes pour ne pas déclipser. Lorsque je n’y parviens pas, je pousse d’un bon pas qui me permet de rattraper des concurrents. Au Col de la Ponsonnière, je m’habille à nouveau pour la descente qui passe très bien. Je bute techniquement sur un ou deux passages mais le chrono est bon. Je me fais aussi secouer sur une espèce de tôle ondulée. Mes bras sont crispés et j’ai l’impression que le guidon peut m’échapper à tout instant. À l’Alpe du Lauzet, j’ai laissé tomber l’idée du 100km. Le 70km va être dur à tenir et la barrière horaire du Pied du Col devient ma cible numéro un.

la de la Ponsonnière

Sur le Chemin du Roy, je me fais un peu bouchonner. Le concurrent finit par me laisser passer. Mais quelques kilomètres plus loin, j’explose : plus de jus, plus rien. Mon cardio ne monte plus. Je suis obligé de baisser le rythme. Le concurrent me redouble 😖. Les épingles passent bien. Après le caniveau, je mets le pied à terre comme demandé par l’orga et tout se passe bien.

en bas du chemin du Roy

le Lautaret

le Lautaret

Dans la montée du Lautaret, je ne lâche rien. Mon cardio monte de moins en moins haut mais mon pas est bon. L’accès au tunnel est un peu sauvage. Il a été tracé pour l’occasion et je perds pas mal de jus.

juste avant le tunnel

À l’entrée du tunnel, un bénévole nous oblige à remettre les éclairages. Rien de piégeux dedans, juste un faux-plat descendant qui permet de délier les jambes et tout. Je regrette à nouveau de ne pas voir assez loin. À la sortie du tunnel, on a l’impression de rentrer dans le monde de Narnia. Des vaches paissent dans le creux de la vallée. Le bénévole nous annonce le ravito à 300m. Ce qu’il ne dit pas, c’est que c’est 300m de dénivelé positif 🤔.

Au ravito, les bénévoles sont super sympas. Ils me remplissent la poche avec de la boisson énergétique. C’est bienvenue car je ne suis pas super-lucide. Je me déshabille un peu. Je songe déjà à abandonner même si j’arrive à Pied du Col à temps. Un concurrent demande « c’est quoi la barrière horaire pour le 100km ? » Je lui dit que c’est déjà cramé et que c’est déjà chaud pour passer celle du 70.

La descente est très sympa, je rattrape du monde. Je m’assure par-ci, par-là avec un pied déclipsé, mais ça passe bien, en souplesse. À nouveau, je me fais secouer sur une espèce de tôle ondulée.

avant le tunnel

À Pied du Col, personne. Au bout d’un moment, je trouve un bénévole qui ne sait pas où se trouve la barrière horaire. Plus loin, un autre bénévole me dit que si je suis là, c’est que je l’ai passée. Zut, pas possible d’abandonner. Et puis, au point où j’en suis, autant finir de boucler le 70km…

au lac d'Arsine

Après l’aiguillon, je retrouve Caro. On fait quelques photos. Plus de barrière horaire, je n’ai plus qu’à descendre sur la Grave et ce sera fini. Je passe sous le boudin 10h15 après le départ. Le premier, Yoann Sert, boucle le 70km en 5h45. Cet homme est un demi-dieu. Je suis un peu déçu car je n’ai pas réussi à me décoller de 3000m de dénivelé positif. Mais il s’agit de mon plus gros effort jamais réalisé. La pause estivale n’a pas été aussi bénéfique que l’hivernale en proportion.

courses

Photos : Caroline Constant et Marc Chaland

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