Le Raid des Chapelles : Raid’Hard

Sur le papier, ce raid se situe au niveau de la plus petite distance de l’Ultra Raid de la Meije que j’ai réussi l’année dernière. Sauf qu’il est tôt dans la saison et il faut que je commence ma préparation dès janvier. Cette année étant particulièrement humide, il a parfois fallu que je me fasse violence pour aller rouler sous la pluie et dans la boue. De plus, sur les forums, certains le comparent à la TransV, raid sur lequel j’ai le plus souffert de toute ma vie de VTTiste. La trace fournie par l’organisation la semaine d’avant me permet de calculer les pentes moyennes des 5 grosses montées à affronter. Elles sont relativement faibles par rapport à ce qu’on peut trouver sur la Meije. Ça, ça veut dire qu’il faut prendre son parachute avant de partir 😉. Bref, je ne sais pas trop à quoi m’attendre. C’est le premier raid que je ne repère pas. Je sais juste que j’ai les ressources physique pour le boucler. Y a plus qu’à.

canigou

Après un petit déjeuner au centre Canigo, je prends le départ un peu avant 8h. Il y a un peu de trafic et la balade dans Arles-sur-Tech tourne au bouchon. Les autres concurrents sont sur un rythme non-chaland. Pour me sortir de là, je mets un peu de rythme en endurance. La montée débute par une route. C’est la montée en moyenne la plus raide du raid. Mais le fait qu’une grande partie passe par la route adoucit bien la pente. Je rattrape un fat en single speed. Il souffre car sa démultiplication est très longue par rapport à la montée. Il a beau avoir de grosses cuisses, il s’arrête à plusieurs reprises pour reprendre son souffle.

Deux membres du club de Guéret me rattrapent. Ils ont une clochette sous la selle. Un est en fat, l’autre en tout-suspendu plus classique. Celui en fat a un gabarit bien généreux et a pour coutume de rouler avec des cornes sur le casque. Mais il en perdu une. Du coup, il ne les met plus. Souvent, on l’appelle le Viking.

Christophe et Laurent me rattrapent aussi. Ils arrivent d’Alsace. Nous les avons rencontrés au repas de la veille grâce à Mary et Jean-Marc qui sont partis plus tôt.

On quitte la route. Alors que je m’engage sur le mauvais chemin, Christophe, un peu au dessus de moi, me dit que c’est par là. Premier poussage… Les choses sérieuses commencent. J’entends au loin Mary parler. Perso, je n’ai pas le souffle pour parler. Je la rattrape dans la première mini-descente. Elle me laisse passer et je rattrape un groupe. Un peu comme un mouton, je les suis même si, du coin de l’oeil, je vois qu’on est pas exactement sur la trace. Ca fait demi-tour devant. On est sur la trace du Raid’illon. On a raté la bifurcation. De retour sur la bonne trace on tombe sur un groupe assez important. Ça se décante assez naturellement et je suis un groupe d’espagnols pas forcément à la fête, mais ils me servent de poissons pilotes. Je redouble Mary.

Raid des Chapelles 2018

Au bout de 50 minutes d’effort, après avoir quitté la route, la pente s’inverse et c’est le moment de se laisser un peu aller. Le flow est bon. De temps en temps, je laisse trainer mon index sur le levier de frein avant au moment où je jette le vélo dans des petites marches. La sanction est directe : la roue se met à suivre la racine humide qui sert de nez de marche. J’atterris alors à 20 centimètres de ma trajectoire initiale. Je ne suis pas assez net et précis sur mes commandes. Le décor est planté.

Le Viking et son acolyte

moi

A l’occasion d’une bifurcation assez stratégique, je rattrape un groupe d’une dizaine de VTTistes. Je tape l’incruste. Ça descend, mais il faut donner un peu des jambes pour passer cailloux et racines glissantes. Plusieurs, dont Laurent, me laissent passer car ils calent sur ces obstacles. Je me dis alors qu’ils me rattraperont plus tard. Ça se calme un peu et je regarde derrière moi : personne. J’ai vraiment creusé l’écart. À la première épingle, Caro est là. Je cherche au fin-fond de ma mémoire comment on fait pour passer une épingle ? Ca fait 6 mois que je n’en ai pas vues. Je pioche dans mes automatismes : je sors la papatte pour m’équilibrer et me sortir de cette situation un peu précipitée. Caro, étonnée, me dit que je suis dans les 20 premiers. Je suis super-content, récupère la route et passe au premier ravitaillement.

La deuxième montée est plus facile. Il s’agit essentiellement d’une route et de grandes pistes forestières. Ça bouchonne à l’occasion d’un escalier à monter. La descente qui suit est très physique et technique. J’ai les bras qui commencent à s’ankyloser. Deux concurrents vêtus de maillots Hope me rattrapent. Je les laisse passer car ça va trop vite pour moi et je me fais bien secouer. Un des « Hope » se met à crier et je me prépare à tout. Effectivement, il y a une marche à sauter avec des cailloux pointus un peu partout. Je rejoins la route, où Caro se trouve, en mode ça va trop viiiiiiiiite. J’en profite pour lui laisser ma veste et mes gants un peu trop chauds. Je pense que cette descente aurait mérité un petit repérage car je me suis senti frustré à plusieurs reprises de ne pas avoir pris la bonne ligne.

moi

Un petit bout de route pour se dégourdir les jambes et on entre dans la forêt vierge. Un joli coin bien mignon avec des pavés bien glissants le long d’un ruisseau. On remonte et c’est le second ravito. Je fais le plein d’eau car je sais que la prochaine montée va être très longue. Le Viking est là et nous raconte l’anecdote qui concerne ses.sa corne.s. Je repars sans oublier de me tromper de chemin. Je corrige vite et le calvaire commence.

Un levo me double. Dans les poussages, il n’a pas l’assistance électrique et je le recolle à ces occasions. Je finis par me faire raccrocher par deux comparses. Le premier, en semi-rigide continue le chemin alors que la trace m’indique clairement à gauche. Il m’affirme avec un tel aplomb que c’est tout droit que je commence à le suivre. Mais derrière, la cavalerie rapplique et le recadre. Ca m’a l’air d’être un beau phénomène… Un peu plus loin, il a crevé de l’avant et bien sur, il n’a pas de pompe. Ah c’est que c’est un bon boulet en plus… Je lui passe ma pompe et en profite pour prendre un gel. Je me fais alors engluer dans un groupe où la navigation est un peu douloureuse. Un Overvolt fait partie du lot. Il est déjà sur sa deuxième batterie. Même si on n’a pas fait la moitié du kilométrage, la moitié du dénivelé est passé. Bonne nouvelle !

A l’occasion d’une hésitation, Yves prend le large et j’essaie d’accrocher sa roue. L’Overvolt suit. A l’occasion d’un talus que j’ai un peu de mal à passer, j’entend un grand cri derrière et un grand boum badaboum. Je ne me retourne pas car je veux m’extirper de là. Yves m’a déjà un peu décroché et ça commence à descendre. A l’occasion d’un petit pierrier, Caro est là pour me prendre en photo. Mais elle n’était pas prête. On la refait. Elle me dit que j’ai au moins 20 minutes de retard sur ma feuille de route. Mais, dans ma tête, je sais que je peux refaire ce retard.

Jean-Marc - Raid des Chapelles 2018

moi

On commence alors à prendre de la pente bien fort mais sans vraiment tabasser. Un bouchon se forme avant d’arriver sur la route où je retrouve le Viking. Au ravito, un bénévole note mon numéro. La barrière n’est pas fermée. Les VAE ne sont pas encore arrivés. Un troisième comparse, en Yamaha, qui a pris des raccourcis les attend.

À partir de maintenant, on fait parcours commun avec le Raid’Illon. On est à mi-chemin et il reste environ 1500m. Le plus gros est fait. Alors que les VAE se regroupent, je reprends mon chemin. Je papote un peu avec un concurrent qui à un v650 comme moi. Il en est très content mais n’a pas les fonds de carte. Je lui indique la manipulation tout en roulant. Du coin de l’œil, je vois qu’il va falloir mettre des jambes. Et elles répondent présent. Mon comparse cale sur la racine et je suis parti pour un longue montée bien dure. Je ne me laisse pas démonter mais j’entends derrière moi le bzzz d’un levo que je laisse passer sans rien lâcher. Je finis par mettre pieds à terre. Caro immortalise mon poussage avant d’arriver sur la route. Le Viking et son binôme me rattrapent. Mais j’arrive à les tenir. Ils parlent de bâcher car il faut qu’ils soient rentrés ce soir. Je suis triste pour eux.

moi

On voit un peu la mer avant d’arriver au dernier ravito. L’avant-dernière descente nous tend les bras. Je fais le plein complet de la poche. La descente s’engage. Je suis un concurrent qui roule super-bien. Je me laisse guider, mais sur un replat, je le laisse partir pour relâcher un peu. Bien m’en a pris car quelques centaines de mètres plus loin, la pente reprend son droit. Mon comparse me laisse passer car j’ai réussi à garder ma fraîcheur pour une portion qui brasse un peu plus. Je récupère le Viking et son compère qui hésitent avant un pétard en descente. Je me demande à voix haute : « Où ça va ? ». Le buisson me répond : « À gauche ». J’ai reconnu la voix de Caro bien sûr. Comme tout le monde je tourne difficilement à gauche en bas car une racine refuse de me laisser tourner, l’effrontée.

Raid des Chapelles 2018

Deuxième barrière horaire : on me laisse continuer. Les Guéret boys rentrent. Une longue montée pas très pentue m’attend : la corvée. Un couple qui papote me rattrape. Je suis en mode dégradé. Je n’ai plus de jus. Mes jambes tournent mais mon cardio ne suit pas. En arrivant au dolmen, il y a des jeunes du cyclo d’Arles. Ils parlent de se faire « brasser ». La descente des wagonnets nous tend les bras. Je prends un second gel. Je serre le sac sur mon dos. Un local s’engage et demande à voix haute si quelqu’un veut passer car il va bouchonner. Je m’engouffre et c’est parti. C’est vrai que ça secoue un peu assez vite. Bon OK, ça va que le bronson est bien suspendu. J’arrive à voir quelques belles lignes et me fais bien plaisir. À un moment, je vois un concurrent sur la gauche en difficulté. Je me dis alors que la trace doit être à gauche et décide de le suivre. Je n’ai pas bien eu le temps de regarder, mais j’ai comme la vague impression qu’en restant sur mon intention initiale c’eût été moins compliqué. Il va falloir approfondir 😉. En attendant, je rattrape mon comparse et le passe. La fin est plus « facile », voire ennuyeuse 😏. Coucou Caro. Oups, une marche 😅.

moi

Petit paumage dans Arles. Mon dernier comparse me rattrape, se perd avec moi, me double et se fait agresser par un chien que son maître a du mal à maîtriser. Pas très rassurant, mais pas de morsure.

A l’arrivée, Jean-Marc m’a mis une bonne heure, Laurent et Yves un peu moins. Christophe n’est pas arrivé. En fait, avec un groupe, il est le dernier à avoir franchi les barrières horaires. Ils ont fait du rab de kilomètres et de dénivelé positif visiblement.

Caro et moi

Au final, c’est la plus grosse sortie que j’ai faite de ma vie en dénivelé positif. Je m’en suis plutôt bien sorti. Les montées ne sont pas si méchantes, c’est ce qui m’a un peu sauvé. En revanche, les descentes sont plus gourmandes en technique et physique. Ça en fait un excellent raid de début de saison.

Christophe et Laurent

Raid des Chapelles 2018

Une réflexion sur “Le Raid des Chapelles : Raid’Hard

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s