La Granit Montana

Par la fenêtre de la voiture, je contemple la pluie qui tombe sur Ambazac et ses environs. J’ai l’impression que mes ambitions sur le 100km s’évaporent bien plus vite que la pluie ne tombe. Au bord du plan d’eau, la pluie a cessé. Caro est dans l’excitation du départ. En cherchant un coin pour assouvir un besoin naturel, je patauge dans la pelouse chargée d’eau.

Comme pour le raid des Chapelles, je n’ai fait aucun repérage. Je sais juste que ça ressemble à ce qu’on peut trouver en île-de-France mais en plus long. Pour augmenter mon dénivelé positif cette année et enfin passer les 4000 m, j’ai choisi le 100 km.

Sur un fond sonore signé Kavinsky, les Elites s’élancent pour 75 km. On les voit patauger autour du lac. Puis c’est notre tour de partir. Le directeur de course nous dit qu’il n’y a pas de panneau « danger » car tous les passages sont dangereux. La consigne est donc la prudence en raison des conditions glissantes.

Le tour du lac est assez douloureux. On patauge un peu et chaque petite montée devient une grosse montée à cause de la glisse de la boue de surface. On s’éloigne un peu du lac et la boue s’enroule autour de mes roues. Il y en a tellement que ma roue avant se bloque. Je suis obligé de faire des marche-arrières pour retirer la motte de terre agglomérée derrière la fourche. Je suis en galère et ça passe plus vite en portant que sur le vélo. Ça part très mal.

Un peu plus loin, la boue devient moins collante et je peux envoyer un peu en descente et remonter du monde. Sur un passage rocailleux mais faiblement engagé, je rattrape un groupe qui n’avance pas. Je pense qu’il s’agit d’Elites en difficultés et que dès que ça va remonter, ils vont mettre du gaz. Ben non, il se remettent à pousser en montée. Là, je vois rouge et je lâche : « si vous n’aimez pas le VTT, il faudrait songer à changer de sport ».

Dans une portion engagée, je rattrape un groupe à pied qui me laisse passer. Parmi eux se trouve un single speed en tout rigide. Un sacré challenge sur ce type de parcours. Je temporise un peu car je sens que je suis un peu haut en cardio. Je vais pouvoir difficilement tenir ce rythme pendant 10 heures. Il vaut donc mieux lever un peu le pied. J’entends d’ailleurs la clochette de Marco. Il est mon référant, la personne à suivre pour réaliser le 100 km.

J’hésite à m’arrêter au premier ravito, mais je trouve que ma boisson est trop riche en sucre au goût. Il ne fait pas si froid que ça et mon petit coupe-vent m’est un poil chaud. Je décide donc de m’arrêter pour corriger tout ça. Je m’arrête environ 4 minutes. L’organisateur nous annonce un recul de toutes les barrières horaires en raison des conditions climatiques.

Au vingtième kilomètre, je sens que je suis un  peu trop dans le rouge. Mes muscles sont à la limite de la crampe et c’est carrément trop tôt par rapport au plan. Je me retrouve dans un petit groupe où une personne demande si on est OK pour la barrière horaire du 100 km ? Au bout d’un moment, on se rend compte qu’on vient de passer la bifurcation 75/100 km. Demi-tour et là, le marshal nous dit que la barrière est fermée depuis 9 minutes. A priori, elle n’a pas été reculée ?

Je n’insiste pas car je suis déjà un peu cuit, boucler le 75 km sera bien pour moi. Nous repartons donc. Je suis un peu abattu et le moral a un peu baissé. Le fait de zapper le ravito aurait peut-être changé la donne et il est difficile de savoir si les bouchons m’auraient permis de passer la barrière ? Dans tous les cas, j’étais beaucoup trop juste dès la première barrière.

Dans une descente un peu délicate, je me fais éjecter du vélo. J’ai déraillé. C’est la première fois que ça m’arrive. Au cours d’une descente, sur un moment de mou, je me mets à penser : « mais quel truc de bourrin ». Les descentes sont raides mais faiblement techniques. Ça fatigue le haut du corps et il est difficile d’être réactif sur les racines.

Au deuxième ravitaillement, je retrouve Mary. On papote un peu en roulant. Elle me parle des pneus de Caro, des trucs de vététistes quoi 😜. Le directeur de course est là et nous dit que la barrière du 100 km n’a pas été reculée à cause d’une erreur de communication. Mais que de toutes façons, c’était pas plus mal car on aurait pu se faire jeter à la barrière suivante et ne pas pouvoir être finisher.

En arrivant dans le bike park, je me mets à chantonner sing it back et missing, histoire de me redonner un peu le moral. J’ai retrouvé un rythme « normal » et une deuxième course commence. À l’occasion d’une montée un peu raide, je double un groupe de gens à pied. J’ai une bonne patate. Je reconnais le single speed en tout rigide. Il a dû me doubler pendant mon coup de mou. On se suit pendant un bon moment.

Je m’arrête plus longtemps au troisième et quatrième ravitaillement. Je passe des portions plus techniques et plus rigolotes, où il y a un peu de flow. La pluie arrive. La piste n’est pas désagréable avec un peu de glisse. Certains chemins se transforment en ruisseaux. Je roule clairement moins vite mais je m’amuse un petit peu pour finir 😀.

Granit Montana 2018
Crédit : Virginie Turc

Je passe sous l’arche trempé jusqu’à l’os. Je suis finisher malgré-tout sur le 75 km. Marco arrive bien plus tard. Il est parmi les derniers finishers du 100 km. Il y en a une vingtaine au final. Pour moi, il s’agit de ma troisième course la plus dure de tous les temps après la TransVésubienne et les Terres Noires. J’aurai difficilement pu boucler le 100 km.

Cyrille a bien mieux performé que moi. Il a presque roulé 1h de moins, mais je n’ai pas moins bien roulé comparativement à Jean-Marc. Je suis environ 1h30 derrière lui, ce qui est pas mal en comparant avec les temps de l’hivernale.

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Caro et Rodolphe finissent par arriver. Ils sont les derniers finishers sur le 55 km. Ils ont roulé au mental une grande partie de la course pour une récompense bien méritée.

Granit Montana 2018
Cyrille, Caroline, Rodolphe, Marc et Aline. Crédit : Virginie Turc

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Photos : Virginie Turc, Caroline Constant et Marc Chaland

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