Raid des Terres Noires

Il y a deux ans, je n’ai pas réussi à finir ce raid. Pour reprendre une expression de Daniel Herrero, ça m’a mis un peu les couilles à l’envers. Je me suis fait arrêter au 4ème ravitaillement après 8 heures de course et un coup de chaud après les crêtes de Draix. J’ai très mal géré mon hydratation et alimentation. Sur le coup, je n’ai pas dit « plus jamais » ni même pensé, mais finir un tel raid me semblait inaccessible, impossible.

Je me suis mis à rouler en club, ai fait des stages, pris du plaisir… Mon niveau s’est bien élevé en deux ans. Et pis des vidéos, des photos, j’ai craqué : je me suis inscrit. Ma participation aux Chemins du Soleil deux semaines avant semble avoir été une bonne mise en jambe. Cyrille m’a rassuré en me disant qu’il avait très bien roulé pendant la sortie club du samedi. Le terrain est parfaitement sec et la météo plutôt clémente. J’ai des chances d’arriver à le finir.

Je ne sais pas si c’est parce que je me suis inscrit dès l’ouverture ou parce que c’est ma deuxième participation, mais j’ai le droit de rentrer dans le carré VIP. Je reconnais le charpentier des Chemins du Soleil. J’entre-aperçois un maillot qui m’est familier : celui de l’OC Gif. Il discute avec un concurrent juste devant moi. Ils doivent être les deux membres de l’OC Gif dont Pierre m’a parlé juste avant la course : Maxime et Vincent.

À côté de moi, on parle de boucler le raid en 8h. Je table plutôt sur 10h. Je m’efface un petit peu. Le briefing se termine et le départ est lancé, neutralisé par une voiture qui ne va pas tomber en panne cette fois-ci. Je m’insère naturellement dans le flot. Premier poussage dans le trafic et, comme mes comparses, je me remémore le bourbier d’il y a deux ans. Je commence à me poser la question à 10€ : mais qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi je m’inflige ça ? Néanmoins j’assure ma place jusqu’à la première descente.

Alors que je rattrape une féminine, une autre me passe devant en mode « pousse-toi chicane mobile ». Elle s’éloigne rapidement alors que je suis très légèrement bouchonné par ma prédécesseure. Elle dérape beaucoup de l’arrière et se laisse surprendre par les passages aériens. Un enduriste me passe à une épingle et se rétame dans la foulée. Ça sent le chaud et je choisis de rester dans la roue de la féminine. Ce n’est pas là que la course se joue. Elle commence à caler en arrivant sur la rivière en bas, puis finit par me laisser passer dans le raide qui remonte sur la route.

Un nouveau poussage, à la limite du portage, s’annonce. Je remonte assez vite sur le vélo et passe un coup de cul et une montée raide avant de rejoindre une trace d’il y a deux ans que j’ai faite en poussant. Là, je suis sur le vélo et ça passe super-bien. Le premier ravito arrive et j’ai presque une demi-heure d’avance sur la barrière horaire. J’ai un peu le sourire.

Crédit : Follow Racer

Je refais le plein de ma poche et évite le fructose pour ne pas m’abîmer les intestins. Alors que je repars, un concurrent a couché son vélo en plein milieu de la route. Je réalise qu’il est en train de changer de batterie. C’est le premier VAE qui nous a remonté. Il me dépasse un peu plus tard, puis un deuxième et un troisième un peu plus loin. Le pas de la Faye approche, la pente se fait plus raide. Mon prédécesseur me demande si je veux passer ? Je réponds bof en voyant les premiers rochers signifiant qu’il va falloir porter.

Caro me fait coucou. Je remonte assez vite sur le vélo pour entamer la descente. Elle est très rapide avec des épingles plus ou moins difficiles. L’enduriste de l’épingle me repasse. En bas, je refais le niveau d’eau car je trouve mon sac léger et je ne veux pas reproduire la panne d’il y a deux ans. Je me fais pas mal dépasser dans la montée. Un VAE (un moterra LT) me double. Un concurrent me fait la remarque. On discute un peu sur la suite du programme. C’est son premier raid des Terres Noires et il ne sait pas ce qui l’attend. Il y a marqué Cognac sur son cuissard. Il tique un peu lorsque je lui dis qu’il y a encore des épingles. Ensuite, il me dépose avec plus de facilité que les autres.

Après le pas d’Archail, il me laisse passer dans une épingle. À la deuxième barrière horaire, j’ai presque 3/4 d’heure d’avance. Les crêtes approchent et je vous épargne le blabla d’il y a deux ans. Je suis carrément moins impressionné et j’arrive même à remonter le dernier strapontin sans mettre pied à terre. Je vois deux concurrents descendre à pied et c’est le blocage. Un enduriste me demande de le laisser passer. Du coup, ça me décoince et je le suis.

Dans le single qui remonte, celui où on se faisait doubler par les saumons il y a deux ans, j’arrive à passer un coup de cul. Mon prédécesseur, à pied, me récompense en me laissant passer 😀.

Les toboggans arrivent. Le balisage est particulièrement directif mais agréable. Il permet de se décharger mentalement. Avant une descente engagée, un jeune me dit : « normalement, ça passe. Il y a une déviation (pour les personnes âgées NDR) si vous voulez, mais ça passe ». Je passe en douceur 😈.

En arrivant sur la route, j’ingurgite un gel. Depuis le début, je me donne rendez-vous pour manger quelque chose toutes les heures. Je bois très régulièrement par petites gorgées. À cette occasion un concurrent me remonte. Après Archail, une petite descente secoue un peu. Je le repasse puis arrivons ensemble au 3ème ravitaillement. J’ai presque une heure d’avance sur la barrière horaire. Un marshal nous demande si nous voulons abandonner pour être finisher de Bronze ? On se regarde et nous répondons « non » de concert.

Il y a deux ans, c’était là que mon sort s’était scellé. Je sais parfaitement que le plus facile est fait et que le plus dur reste à faire. J’ai les jambes pour passer la petite marche et le raidard qui suit. Ça me rassure mais il faut que je fasse une pause pipi (ce qui me rassure aussi car c’est un signe de bonne hydratation). J’ai un peu de mal à rallier les crêtes de Draix. Ils nous laissent le choix de rester sur le vélo pour le début et j’ai l’impression que le passage aérien est moins étroit.

J’ai néanmoins une appréhension un peu plus loin, sur un autre passage aérien. Je laisse à nouveau passer mon enduriste préféré qui me fait la voie 😀. Après les crêtes, il y a un passage chiant. J’essaie de ne pas faiblir d’ennui et, au moins, de ne pas rester trop loin de mes prédécesseurs.

Puis on repasse sur un single avec de la pente. Je rattrape du monde dont un coureur que j’ai suivi au départ et qui m’a doublé avant le pas d’Archail. Il y a écrit SFAM sur son maillot orange. Il n’avance plus et il est plein de poussière. Il a probablement chuté et il semble cuit. Pour l’instant je me sens à l’aise et remonte du monde petit à petit. La descente s’amorce. À l’occasion d’une épingle, je fais une pause car j’ai les bras qui commencent à tétaniser. En arrivant devant le ruisseau, je marque une hésitation et fais un mini-OTB quasi à l’arrêt. Je ne suis pas si frais que ça finalement…

Au 4ème ravitaillement, je n’ai plus que 20 minutes d’avance sur la barrière horaire. Je n’ai pourtant pas l’impression d’avoir chômé. Pas mal de coureurs sont allongés à l’ombre. Cette dernière « étape » a pesé sur les organismes et ça confirme le fait qu’il s’agit d’une des plus dure. Depuis quelques temps, j’entends que les barrières horaires ont été reculées d’une demi-heure. Mais les officiels ne confirment pas. Ils attendent les instructions du directeur de course.

Je repars déterminé à finir. Je force sur le chemin forestier et rattrape même du monde. À l’entrée du single, j’ai un poursuivant qui ne semble pas vouloir me dépasser. Je l’entends moins dans les passages compliqués et il revient à l’occasion des bouts droits. Je vois au loin Caro photographier une féminine, probablement celle que j’ai suivie dans la première descente. Je la rattrape et l’évite de justesse sur un pétard où elle décide de mettre pied à terre.

Un commissaire me demande si je souhaite m’arrêter car je suis sur la barrière Argent ? Je répond que si il me laisse repartir, je continue. Il me dit que la barrière n’est pas fermée. Il est un peu avant 16h. Je prends le risque de me faire arrêter à la prochaine mais je ne suis pas venu pour coller des gommettes. Si j’ai une chance de finir, je la prends.

Un passant en tenue de cycliste me dit qu’il faut 3/4 d’heure pour le ravito 6 et 3/4 d’heure pour l’arrivée et hop, c’est fini. Je souris car on me l’a faite 50 fois celle-là. Déjà, j’arrive à mettre une heure pour le ravito 6 et on verra après.

La féminine repart un peu plus vite que moi et je n’arrive pas à la rattraper sur le goudron. Comme j’ai un peu de temps pour penser, je repense à ce que Caro m’avait dit sur les courses d’endurance à cheval. Les étalons sont un peu doudouilles : ils se préservent pour protéger le troupeau contrairement aux juments plus téméraires et au mental plus fort. Je me dis qu’il faut absolument que j’arrive à la suivre.

La pente devient très raide et il faut pousser. Je me dis que si elle est un peu limite sur les barrières, les organisateurs seront peut-être plus cool ? Ça renforce le fait qu’il faut que j’arrive à la suivre. Puis la pente devient beaucoup plus raide. Je passe le vélo sur l’épaule. Le moterra est là, à l’arrêt. Je pense qu’il ne va pas finir. Je finis par doubler ma concurrente. Je remonte sur le vélo et reconnais un coup de cul qu’on a eu ce matin. Il passe toujours. Mais je ne tiens pas sur la durée et fais quelques poussettes.

Un marshal m’indique que je dois encore monter jusqu’au point 14 en montrant un arbre où il y a une pancarte indiquant 13 et 15 🤔. Bref, je suis la direction qu’il m’a indiquée. Il me rappelle que la prochaine barrière est à 17h et que c’est mal engagé. J’ai un poursuivant qui s’accroche ou me pousse. Je fais le forcing pour ne pas qu’il me double avant la descente. Car je sais qu’elle va être bien engagée à la vue du profil. On bascule et je l’entends moins sur les épingles. Il refait son retard sur les bouts droits. À plusieurs reprises, je me fais la remarque que j’aurai dû prendre un parachute.

La pente se fait moins raide et je regarde ma montre : 17h15. On croise la trace de ce matin, je m’arrête pour me laisser analyser une portion où un panneau « Attention danger » est installé. Mon suiveur en profite pour me rattraper et nous arrivons ensemble devant Caro qui renforce la rumeur de recul des barrières horaires. On ne baisse pas les bras et on enquille fort pour rallier le ravito à 800m.

Le bénévole nous dit que la barrière n’est pas fermée. Là, un double effet kiss cool se produit :

  1. je suis finisher Or 😀
  2. il faut finir 😱

Pour me motiver, un bénévole me dit que c’est la montée la plus dure du raid 😒. Mais dans une heure, c’est terminé. Mon partenaire de descente avoue avoir pris ma roue car j’étais propre sur mes trajectoires.😏

Je prends ma couronne d’épines et ma croix et c’est parti. Dès qu’on quitte le chemin forestier, un concurrent me rattrape et nous rattrapons deux pousseurs qui, en nous voyant, remontent sur le vélo. Un autre pousseur fait de même. Nous sommes un groupe de 5. Une autre réflexion de Caro me vient en mémoire, en rapport avec l’équitation d’endurance. Il est important de rester accroché à un peloton car un cheval tout seul va facilement perdre sa motivation et ne plus avancer. C’est à peu près ce qui est en train de se produire là. Je m’accroche.

Avant dernier poussage, je crois reconnaître Jérôme Charousset : même casque, mêmes lunettes et même silhouette. J’ai failli lui dire : « mais qu’est-ce que tu fais là ? » Mais ce n’était pas lui car je pense qu’il m’aurait reconnu. En indiquant du doigt une montée pleine de cailloux, il me dit que ça descend 🤔. Dans mon souvenir, la descente était bien lisse avec des virages relevés. Pour le moment, je me fais bien secouer. Dans le dernier escalier, je tétanise un peu des bras et fais une pause.

Sous les encouragements des bénévoles, je finis les quelques marches. D’autres bénévoles bloquent la circulation pour nous et je les remercie une dernière fois pour avoir autant veillé sur nous tout au long du parcours. Je monte sur le podium où le speaker m’interroge. Je n’ai pas vraiment réalisé. Je me remémore ces moments où les jambes pédalaient alors que je me disais que ça n’était pas possible, qu’elles allaient exploser. Mais non, elles ont tenu.

Photos : Caroline Constant et Follow Racer

Cindy et Caroline au pas de la Faye

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