TransV – Le raid

Avec Cyrille, nous nous sommes levés super tôt pour avoir le temps de boucler le baluchon avant de le déposer à la camionnette. Nous avons chacun notre petit déjeuner rituel. Il fait nuit noire. Un concurrent qui pense être dans un petit coin tranquille est, en fait, en train de faire caca sur le chemin 😂. À 5 minutes du départ, l’organisateur appelle encore les concurrents à la mise en grille. On se demande comment il peut-être donné à l’heure… Il a plu pendant la nuit et la météo annoncée n’est pas super.

Le compte à rebours se lance et le stress du départ commence à devenir palpable. Je me demande bien pourquoi. Ce ne sont pas les quelques secondes grappillées au départ qui vont modifier les 10 heures de VTT qui vont suivre. J’ai le secret espoir de réduire mon calvaire à 9 heures grâce à je ne sais quelle magie encore. Peut-être une sorte de méthode Coué ?

Le départ est lancé et je me mets sur la défensive. Mais en fait, rapidement, il n’y a personne devant moi. J’y vois plutôt bien et je m’affranchis assez facilement des difficultés de la veille. On attaque assez vite la remontée des pistes. Je double une concurrente qui me redouble sur un replat. Je la redouble plus loin et elle me redouble dès que ça recommence à descendre, en quittant les pistes. Je la double pour la dernière fois dans le pétard avant le col de la Madeleine.

Je suis moins à l’agonie qu’en 2016 et je marche moins. Les VAE ne m’ont rattrapé que beaucoup plus loin. Les premiers sont clairs sur leurs intentions, mais certains sont plus timides, si bien qu’il n’est pas toujours facile de leur laisser la place. Il m’est arrivé de leur demander où ils voulaient passer pour leur faciliter le passage. Mais parmi ces VAE, je vais en retrouver avant leur ravitaillement batterie à mi-chemin.

La vue est un peu bouchée. On ne voit pas la mer et les monts enneigés sont dans les nuages. Au col d’Andrion, je ne fais pas le plein d’eau car je suis parti avec un peu trop et je gère très bien mon effort. Je retire mon coupe-vent. J’avais oublié certains passages techniques qui, à cause de l’humidité, sont rendus très glissants.

En arrivant sur le brec d’Utelle, je rattrape un concurrent qui est très fier de la TransV qui attire même les australiens. Il me montre un concurrent avec une URL en .at sur son maillot. Bon normalement, .at, c’est plutôt pour l’Autriche. Mais là n’est pas la question. Il est très inquiet car dans le dernier portage, normalement, il y a une file ininterrompue de porteurs. C’est louche. Sommes-nous à la bourre sur les barrières horaires ? Assez paradoxalement, je ne suis pas inquiet. Avec Cyrille, on s’est fait une liste de moyennes horaire à tenir entre chaque barrière. Et nous sommes plutôt bons, voire même bien bons.

À la descente, on tombe sur un enroulé qu’en temps normal, je dois pouvoir passer sans problème. Mais là, tous ces cailloux pointus de partout me perturbent. Mon acolyte me passe avec son vélo sous le bras en me disant que dans le temps, il le passait. Et heureusement qu’il est passé devant. Il me montre alors un raccourci qui nous permet de dépasser notre ami « l’australien » coincé dans les cailloux. Cela ne l’empêche pas de me déposer nettement. J’ai l’impression d’être clairement plus en difficulté en descente qu’en montée par rapport à lui et « l’australien » me rattrape un peu plus loin.

📷 InovPhoto

Je vois un petit panneau « Attention danger ». Ça fait plusieurs fois que j’en vois sans vraiment comprendre pourquoi. Ma roue avant se bloque sur un caillou que j’emmène avec moi. Mauvais réflexe, je ramène mon poids sur l’avant et le caillou raccroche m’envoyant devant mon cintre. Alors que j’ai bien en tête qu’il y a le vide à côté de moi, j’accompagne ma chute avec une roulade en prenant soin d’orienter le vélo pour qu’il reste sur le chemin. Je n’ai pas envie d’aller le chercher 100 mètres plus bas. J’entends un « ça va ? » mais ne vois personne. Pas de bobo, je pose le caillou assassin sur un tas à côté de la piste et reprends ma descente.

Comme la dernière fois, l’arrivée à Utelle est l’occasion d’un peu de gymkhana. Au ravitaillement, j’entends des « allez papa » à l’adresse d’un autre concurrent. La sono est à fond et je me fend d’une petite figure pour déposer mon vélo. Je fais le plein d’eau, aidé par une dame bénévole, dans le respect des gestes barrière. Je vois une dame plus âgée prendre en photo ou filmer derrière moi. Je me retourne et constate qu’un petit garçon me regarde avec les yeux écarquillés, comme si je venais de faire quelque chose d’extraordinaire. Je suis un peu gêné mais ne comprend pas. Je repars en un temps record (pour moi). Il y a un bon bout de chemin avant la barrière horaire sur la Vésubie et le topo laisse craindre de belles surprises encore.

Déjà, je m’offre un second OTB après un enchaînement de deux épingles. Je ne comprends pas trop. Mais c’est à nouveau un caillou que j’ai embarqué et qui a raccroché sous ma roue avant. Là, je me suis un peu fait mal à la main. Un peu plus loin, je rattrape des vélos électriques qui poussent. Ils me disent qu’ils attendent avec impatience le ravito batterie car ils sont sur les vapeurs d’électrons. Arrive enfin la Giandola. La barrière horaire la plus dure du raid est passée.

Là débute un gros poussage pour sortir de la vallée de la Vésubie. Je suis un peu englué dans le traffic, mais je gère un peu mon effort. On récupère la route et le ravitaillement batterie approche. J’ai un petit peu de temps pour faire des calculs dans ma tête. Je suis à mi-parcours pour un peu moins de 5 heures. Avec la fatigue ça va être de dur de faire moins de 10 heures. Mais il y en a qui avaient l’air de dire que c’était plus roulant sur la fin… Bref, on verra bien.

Il y a aussi un ravitaillement flotte semi-officiel. Un spectateur me dit que le ravitaillement officiel est à 7 kilomètres plus loin. J’ai largement de quoi tenir une heure. Je zappe donc. Au bout d’une heure, toujours pas de ravitaillement en vue. Je regarde alors le topo et constate avec effroi que le ravitaillement n’était pas à 7 kilomètres, mais plutôt 15. Il va falloir que je pédale 1h sans eau : le calvaire. Je m’en veux énormément d’avoir mis en péril mon raid car j’ai tout bêtement écouté un spectateur. Surtout que le directeur de course nous avait parlé de ce ravitaillement seulement en eau au briefing. Et il nous avait averti. Mais c’est complètement sorti de ma tête. Heureusement, une petite bruine me rafraîchit. Bien sur, j’ai levé le pied mais pas trop.

Car la TransV a cette particularité : les premières barrières sont difficiles à tenir, puis deviennent de moins en moins dures. C’est un petit peu le contraire du Raid des Terres Noires par exemple où les barrières deviennent de plus en plus serrées au fur et à mesure que s’accumulent les kilomètres. J’arrive enfin au ravitaillement salvateur et prends bien le temps de me ré-alimenter calmement. Les bénévoles sont adorables et l’un d’entre eux me cire la chaîne presque à l’insu de mon plein gré. L’étau des contraintes horaires se desserre. Y a plus qu’à finir.

Surtout qu’il reste un bon paquet de dénivelé négatif à écouler encore. Mais le traceur ne l’a pas entendu de cette oreille. Le plus gros portage du raid nous attend avec un décor magnifique. Le photographe a beau me dire que c’est bientôt fini, je ne le crois plus. C’est fini, je ne croirais plus les spectateurs de toute ma vie. Je le prends juste pour un encouragement. Cyrille qui est passé 30 minutes plus tôt semble moins zen 😂.

📷 InovPhoto
📷 InovPhoto

Après ce passage très dur, le raid devient plus « roulant ». Mais ça n’est pas une balade de santé. Je m’arrête pour un concurrent qui a le pif en sang. Les secours sont avertis. Je le vois prendre un caillou ensanglanté dans la main et le serrer très fort. « C’est l’arme du crime » lui dis-je en souriant. Visiblement, monsieur est collectionneur. Comme nous sommes plusieurs, je repars et ils me disent de faire attention aux secours qui remontent la trace pas large du tout.

Après une portion de route assez longue et en solitaire, je m’engage sur une piste roulante où j’aperçois au loin un duo. Je n’arrive à les rattraper que sur une portion un peu plus technique et les double à l’occasion de la montée d’une marchounette. Celui qui est le plus fatigué m’a vu arriver et me laisse passer. Mais son acolyte tente la marche… et cale. Il a juste le temps de se décaler pour me laisser la place. Mais moi aussi je cale à un huitième de tour de pédale du haut. Je le vois alors entamer un geste de poussette mais je parviens à finir mon tour de pédale. J’ai encore un peu de force quelque part et ai évité un cas contact 😂.

Au détour d’un chemin, c’est l’arrivée. Le raid est terminé. Il reste un bout de liaison pour lequel l’organisation n’a pas eu l’autorisation de passer. Je retrouve mon acolyte du Brec qui me déclame son amour pour la TransV. Il n’envisage pas une année sans y participer. Lorsque je lui dis que j’ai fait la Trans50 en 2016, il me dit que cette année là a été un vrai carnage. Beaucoup de concurrents se sont faits refouler à Pont du Cros. Je le crois très volontiers.

Caro m’appelle. Elle est émue par mon succès sur la seule course de l’année. Un dernier escalier à descendre et c’est l’arrivée au stade de la Lauvette où je récupère mon autocollant « Finisher ». Cyrille m’attend pour le hamburger de la faim. C’est que, 10h de VTT, ça creuse 😜.

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